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Je cherche un mot vaste et chaud Comme une chambre Sonore comme une harpe Dansant comme une robe Clair comme un avril Un mot que rien nâefface Comme une empreinte dans lâĂ©corce Un mot que le mensonge ne sĂ©duit pas Un mot pour tout dire La mort, la vie, La peur, le silence et la plainte Lâinvisible et le doux Et les miracles de lâĂ©tĂ© Depuis si longtemps je cherche Mais jâai confiance en vous Il va naĂźtre de vos lĂšvres. Jean-Pierre SimĂ©on PoĂ©sie
Cesmots de Robin Renucci, parrain de la 14Ăšme Ă©dition du Printemps des poĂštes, nous invitent Ă faire entrer la poĂ©sie dans nos classes. Du 5 au 18 mars 2012, câest la 14Ăšme Ă©dition du Printemps des poĂštes.Prochains rendez-vous du Club PoĂ©sie mercredi 28 juin de 14h Ă 16h et le lundi de 12h Ă 12h30 APC du CLUB PoĂ©sie Mercredi 17 mai PoĂšmes autodatĂ©s et poĂšmes adressĂ©s Tridents Bigorneau perceur tu appelles la moule visseuse **** La carpe Ă moustaches se rĂ©chauffe au fond de l'Ă©tang **** Un saule pleureur parapluie recherche un coiffeur **** RiviĂšre accrochĂ©e au barrage pend Ă son courant **** L'Ă©pinoche bleue a un ventre orange trĂšs vif *** Dorian ; Kemo ; Lucie ; Yuna; APC du CLUB PoĂ©sie Mercredi 29 mars Ă l'EHPAD avec CĂ©cile Riou APC du CLUB PoĂ©sie Mercredi 1er mars Ă l'EHPAD avec Eduardo Berti de l'Oulipo APC du CLUB PoĂ©sie Mercredi 11 janvier La diffĂ©rence Pour chacun une bouche deux yeuxdeux mains et deux jambes Rien ne ressemble plus Ă un hommequâun autre homme Alorsentre la bouche qui blesseet la bouche qui console entre les yeux qui condamnentet les yeux qui Ă©clairent entre les mains qui donnentet les mains qui dĂ©pouillent entre les pas sans traceet les pas qui nous guident oĂč est la diffĂ©rencela mystĂ©rieuse diffĂ©rence ? Jean-Pierre SimĂ©on Extrait de La nuit respire Cheyne Ă©diteur. Taar Ben Jelloun -Chaque visage est un miracle extraits Voeux pour 2017 du club PoĂ©sie Je te souhaite du plaisir avec un pull qui grandit comme toi parce que tu l'as depuis dix ans et qui te prĂ©vient quand le chat arrive. Je te souhaite de la paix en Syrie et partout dans le monde. Je te souhaite d'oublier les dĂ©voreurs de papier et d'ignorer les fabricants d'allumettes pour arrĂȘter la disparition des forĂȘts, Je te souhaite que le PĂšre NoĂ«l ne vieillisse pas mĂȘme s'il n'existe pas, Je te souhaite que les lions vivent en paix et aient de grands espaces. Je te souhaite que les abeilles ne disparaissent pas mĂȘme si je n'aime pas le miel car elles sont importantes dans la vie d'un homme et sans elles il n'y aurait plus de fleurs, Je te souhaite d'avoir partout dans le monde des prĂ©s sans pollution et, dans les forĂȘts sombres, des coins fleuris. Je te souhaite de dĂ©couvrir d'autres mondes qui n'ont jamais Ă©tĂ© polluĂ©s parce que les habitants se dĂ©placent Ă©cologiquement. Je te souhaite d'aimer les gens et de ne pas les oublier s'ils se sacrifient pour toi et tes amis ou pour d'autres personnes. Je te souhaite aussi d'agrandir ta famille pour ne jamais couper le cordon - parents Ă©ternels â amour Ă©ternel. Je te souhaite encore d'avoir la plus belle vie du monde et de gagner ta vie avec la douceur, Je te souhaite encore de ne pas ĂȘtre parfait et d'avoir des dĂ©fauts parce que l'on s'ennuierait de ne plus avoir de diffĂ©rences. Je te souhaite enfin des attentats de bisous et une mitraillette Ă cĂąlins et un bazooka Ă chocolat. Je te souhaite surtout de trouver le bonheur Ă ta porte. Lukas ; Erwan ; Lucie ; Kemo ; RaphaĂ«l ; E. ;Dorian ; Gabrielle ; Quentin ; BĂ©rangĂšre ; Romane ; L ; K ;... PoĂšme de tĂ©lĂ©phone Ici Robert Rapilly, appel au Club PoĂ©sie 1 2 3 Soleil de CrĂ©ances, acceptez-vous dâentendre en ce mercredi 7 dĂ©cembre 2016 un poĂšme de tĂ©lĂ©phone ?Voulez-vous donc savoir comment composer un poĂšme de tĂ©lĂ©phone ?Admettons que la rĂ©ponse soit oui, voici donc un poĂšme de tĂ©lĂ©phone qui dĂ©crit ce quâest un poĂšme de poĂšme de tĂ©lĂ©phone sâĂ©crit Ă toute vitesse devant son tĂ©lĂ©phone au moment oĂč lâon va passer un coup de poĂšme sera dit une fois la communication tĂ©lĂ©phonique Ă©tablie, sans laisser Ă lâoreille qui dĂ©croche le temps de rĂ©pondre, sinon bonjour, oui, non, au revoir...Il nâest pas malpoli, quand on est poĂšte de tĂ©lĂ©phone, dâinterrompre aussitĂŽt la voix qui que notre poĂšme sera prĂ©cĂ©dĂ© dâun bref rappel des circonstances, par exemple Ici Robert Rapilly, appel au Club PoĂ©sie 1 2 3 Soleil de CrĂ©ances, acceptez-vous dâentendre en ce mercredi 7 dĂ©cembre 2016 un poĂšme de tĂ©lĂ©phone ? »Sâensuivra le texte du poĂšme, Ă©crit en une seule fois juste avant de vers peuvent ĂȘtre libres ni rimes, ni mesure prĂ©cise des syllabes... Mais rien ne nous empĂȘche avant que lâon dĂ©croche et tape un numĂ©ro â dix chiffres au cadran â que lâon rythme le texte en bornant chaque strophe de vers bien mesurĂ©s tels que lâ peut aussi avoir composĂ© Ă toute vitesse un sĂ©lĂ©net, une morale Ă©lĂ©mentaire, un acrostiche sur le prĂ©nom de la personne quâon appelle... bref, nâimporte quelle autre forme poĂ©tique comme il nous poĂšmes de tĂ©lĂ©phone se terminent au bout dâune seule comptent deux strophes, quand il y a une faciliter la rĂ©ponse, il est conseillĂ© dâenvoyer le texte du poĂšme de tĂ©lĂ©phone que lâon vient de dire sous forme de revoir, Ă bientĂŽt, câest en gĂ©nĂ©ral par ces mots que se termine un poĂšme de revoir ! Ă bientĂŽt, cher Club PoĂ©sie 1 2 3 Soleil de CrĂ©ances !-R_ Nuit d'hiver -Guy de Maupassant Nuit d'hiver de Guy de Maupassant POUR UN ART POETIQUE Prenez un mot prenez-en deux faites-les cuir' comme des oeufs prenez un petit bout de sens puis un grand morceau d'innocence faites chauffer Ă petit feu au petit feu de latechnique versez la sauce Ă©nigmatique saupoudrez de quelques Ă©toiles poivrez et puis mettez les voiles oĂč voulez-vous en venir ? A Ă©crire Vraiment ?A Ă©crire ?? Raymond Queneau Chien Ă la mandoline Recette pour faire une chanson Choisissez une musique Ăpluchez des mots rigolos Tournez une journĂ©e oĂč il fait beau Plongez dans la pluie Ăgouttez au soleil Ajoutez des morceaux de musique. ClĂ©mence. Recette pour lire Grattez des mots gravĂ©s Badigeonnez avec un pinceau d'eau douce Saupoudrez de joie Poivrez les fins des verbes Faites les cuire dans votre cerveau DĂ©gustez les mots les plus gentils. Quentin Recette pour fabriquer des PokĂ©mons Faites cuire des Ćufs multicolore MĂ©langez avec des fossile prĂ©historique Jetez les petits cailloux pointue Portez Ă Ă©bullition Mettez le tout dans incubateur Retirez avec prĂ©caution et disposez le tout dans la montagne. Lukas La recette pour faire un orage Epluchez un nuage Coupez en rondelles des morceaux de bleu Mettez les en gris. Videz le soleil de son feu Lavez les graviers PrĂ©chauffez votre k way Attendez que votre orage arrive Et disposez les gouttiĂšres Puis servez-vous de sĂ©clairs pour vous faire griller. Gabrielle Lemoigne Recette pour rĂȘver PrĂ©parez fĂ©e et chevaliers Garnissez de chĂąteau et de grands voiliers Roulez-vous dans les draps Ajoutez un tour de bras Mettez du sable du marchand de la nuit Servez vous de vos yeux pour vous endormir sans bruit, Lucie Recette pour ĂȘtre libre Coupez les fils de soie Retirez les les chaĂźnes en bois Enlevez les menottes de plastique Travaillez avec les anges en porcelaine Mettez une robe de verre Remuez votre pull-over Versez-vous un cocktail de laine Servez-vous de lâeau de porcelaine, Lucie Recette pour faire un conte de fĂ©es Ăpluchez un rĂ©sumĂ© d'histoire. Coupez ce qu'on ne peut savoir. Mettez un bon roi de cĂŽtĂ©. Farcissez d'ogres et de fĂ©es. Ajoutez-y une princesse. Ficelez-la avec tendresse. Mettez au chaud jusqu'Ă demain. Servez avec sept petits nains. Recette pour jouer sous la pluie Versez beaucoup d'eau. MĂ©langez dans un seau. Couvrez d'un parapluie. Ajoutez quelques nuages gris. Portez Ă Ă©bullition. Attendez l'explosion. Mettez vos bottes en or. Sortez dehors. Servez vous des flaques Puis sautez Plic ! Plac ! PoĂšme collectif 12 De la poĂ©sie en maternelle ? De façon gĂ©nĂ©rale, la poĂ©sie est une pratique qui ne semble pas populaire ni ancrĂ©e dans les pratiques courantes de littĂ©rature. Jean-Pierre SimĂ©on explique que « la poĂ©sie est souvent considĂ©rĂ©e comme une pratique Ă©litiste, produisant des textes arides et obscurs. » Je
Jean-Pierre SimĂ©on, agrĂ©gĂ© de Lettres modernes, a Ă©tĂ© formateur dâenseignants. Auteur de nombreux recueils de poĂšmes, de romans, de livres pour la jeunesse et de piĂšces de théùtre, il est actuellement directeur artistique du Printemps des poĂštes. Ci-dessous, synthĂšse de son intervention lors de la Rencontre de lâAtelier de Montluçon en dĂ©cembre a une idĂ©e trĂšs fausse et largement partagĂ©e de ce quâest la poĂ©sie. Cette idĂ©e est fondĂ©e sur lâexpĂ©rience quâon en a et qui, en gĂ©nĂ©ral, repose sur la rencontre de trĂšs peu de poĂšmes en comparaison de lâimmensitĂ© du patrimoine poĂ©tique universel, des milliards de textes. Il y a des poĂšmes depuis toujours, dans toutes les civilisations, il nây a pas une communautĂ© humaine qui nâait sa poĂ©sie - LâidĂ©e quâon sâen fait est donc forcĂ©ment trĂšs restrictive et superficielle. Elle relĂšve en plus dâa priori, de y a deux opinions courantes. La premiĂšre, câest que la poĂ©sie est cette chose charmante, chantonnante, dâune belle musicalitĂ©, quâon admire de loin, parfois un peu miĂšvre en regard du monde concret dans lequel on est immergĂ©. Et lâautre reprĂ©sentation, complĂštement Ă lâopposĂ©, câest celle dâ un objet bizarre auquel nâauraient accĂšs que quelques initiĂ©s ayant le don de comprendre ces choses qui sortent de lâordinaire, de la comprĂ©hension humaine. Il faudrait avoir une sorte de talent divinatoire pour lire comme il le faut Maurice SĂšve, MaĂŻakovski, Aragon ou Yves Bonnefoy, par reprĂ©sentations font quâon ne va pas Ă la poĂ©sie, quâelle est hors du social depuis quelques dĂ©cennies en France - ce nâest pas le cas dans toutes les maniĂšre dâhabiter le mondeJe ne vais pas mâĂ©tendre davantage sur ces dĂ©finitions historiques, socio-culturelles, mais bĂątir sur cette formule de Georges Perros, un trĂšs bon poĂšte de la fin du XXe siĂšcle Le plus beau poĂšme du monde ne sera jamais quâun pĂąle reflet de ce quâest la poĂ©sie une maniĂšre dâĂȘtre, dâhabiter, de sâhabiter ». Câest capital. Ce que manifestent Rimbaud, de Ritsos, de WhitmanâŠ, câest ce qui apparait dans la prise de parole que lâon appelle poĂšme une position claire, ferme, et complexe en mĂȘme temps devant le monde, devant le rĂ©el et au coeur du rĂ©el. Câest un type de rapport Ă lâexistence, Ă la communautĂ© humaine, au destin la poĂ©sie non comme un supplĂ©ment dâĂąme, mais comme une maniĂšre dâĂȘtre, dâhabiter le monde, comme un positionnement du point de vue humain, câest la dĂ©finir dâemblĂ©e comme une Ă©thique. Câest lĂ lâenjeu essentiel dĂ©finir une maniĂšre dâhabiter le monde, câest un projet politique. Hölderlin, le grand poĂšte allemand, lâavait dit dĂ©jĂ dans une phrase qui porte sur lâorientation que nous donnons Ă la vie Nous cheminons vers le sens si nous habitons en poĂšte sur la terre. » Or, aujourdâhui, nous faisons lâexact contraire et câest pour cela que nous allons dans le mur, que nous allons vers une sorte de grand suicide lâavoir et le paraĂźtre Alors que signifie vivre en poĂšte ? Câest lâexact contraire des normes de comportement quâon nous impose actuellement. LĂ oĂč la poĂ©sie est subversive, câest quâelle propose dans la relation Ă soi, dans la relation au monde, au rĂ©el le contraire de ce qui se passe aujourdâhui la marchandisation du monde occidental qui se dĂ©veloppe partout avec la mondialisation, le dĂ©ni de lâhumain, en raison du primat sur lâhumain de superstructures Ă©conomiques, de lâidĂ©ologie tout Ă fait organisĂ©e et pensĂ©e. Ce qui fait que petit Ă petit, sans que nous nous en rendions compte, nous sommes vidĂ©s de notre poĂ©tique, câest lâexact contraire puisque depuis toujours les poĂštes ne cherchent quâĂ fonder dans leur parole un surcroĂźt dâhumanitĂ©. Nous connaissons la fameuse phrase de JaurĂšs On ne naĂźt pas humain, on le devient ». Vivre en poĂšte sur la terre, câest simplement se donner pour tĂąche premiĂšre, presquâexclusive â câest lĂ lâengagement absolu du poĂšte - de devenir plus humain et de comprendre les conditions de cet enjeu comment on devient plus qui domine aujourdâhui, câest lâobsession de lâavoir, la prĂ©dominance de la finance, la volontĂ© de pouvoir qui engendre la compĂ©tition et la compĂ©titivitĂ©, les hĂ©ros, ĂȘtre plus que les autres, câest-Ă -dire la nĂ©gation de lâautre. Toutes les images, les figures, les idoles quâon prĂ©sente Ă nos yeux et nos oreilles comme enviables, Ă travers les discours sur la sociĂ©tĂ©, nous enjoignent dâĂȘtre des ĂȘtres de pouvoir, dâĂȘtre toujours un peu plus que lâautre, un peu plus fort, un peu plus savant, plus expert que lâ profondeur irrĂ©ductible de chaque ĂȘtreCâest ce que rĂ©cuse fondamentalement tout poĂšme, puisque toute poĂ©sie dit dâemblĂ©e la relativitĂ© de tout savoir, tout poĂšme est lâaveu dâun savoir limitĂ©, rien nâest dĂ©finitivement clos dans un savoir. Dans nos sociĂ©tĂ©s, il y a lâavoir, le pouvoir et le paraĂźtre. La valeur de lâĂȘtre est dĂ©finie par le paraĂźtre, par ce que lâon sait de lâimage. Et lâon juge tout un chacun, toute chose, tout Ă©vĂ©nement sur lâimage, sur lâapparence premiĂšre. Or, depuis le premier temps du premier poĂšme, lâeffort du poĂšte, câest de dĂ©passer la vue premiĂšre. Donc, dans une sociĂ©tĂ© gouvernĂ©e par la vue de surface, par lâapparence, oĂč nous lisons le monde au faciĂšs, oĂč nous lisons lâautre au faciĂšs, câest-Ă -dire dans une saisie partielle, rĂ©ductrice, scandaleusement mensongĂšre du rĂ©el, dans ce monde la poĂ©sie incarne le contraire. Car tout poĂšme cherche ce que le rĂ©el ne sert pas dâabord, nâoffre pas de lui-mĂȘme. Tout poĂšme cherche Ă creuser, Ă faire apparaĂźtre la profondeur irrĂ©ductible, insolvable, illimitĂ©e de chaque ĂȘtre, de chaque chose, de chaque geste, chaque Ă©vĂšnement, chaque pensĂ©e, de chaque sentiment, de chaque phĂ©nomĂšne, comme disent les philosophes. La poĂ©sie donne expansion Ă la chose minime, banale, triviale, la poĂ©sie revendique le droit dây voir, dây rencontrer, dây explorer une infinie rĂ©alitĂ©, au-delĂ de lâapparence immĂ©diate, au-delĂ de la dĂ©finition, de la la peur de lâautre. Ătreindre le mondeLe grand mal de notre temps, câest lâobsession de la sĂ©curitĂ©, de lâassurance, on est dans une grande peur, la peur dâĂȘtre dĂ©bordĂ© dans ses frontiĂšres. Et tout est fait pour nous infliger cette peur, pour nous la transfuser. Nous avons une peur ontologique, native, premiĂšre, celle de la solitude, de la perte, de lâabandon, de la catastrophe. Le bĂ©bĂ© en fait lâexpĂ©rience, au premier jour quand il est laissĂ© seul, hors des bras du pĂšre ou de la mĂšre, dans un lit, dans une piĂšce. Nous naissons avec lâappĂ©tit, comme lâenfant, de tout voir, les yeux grands ouverts, la volontĂ© terriblement passionnĂ©e dâĂ©treindre le monde, et en mĂȘme temps avec cette peur premiĂšre de la perte, de la solitude. Et il est trĂšs commode de lâexploiter, de fonder sur elle des rapports collectifs celui qui a peur est facilement asservi, par la peur elle-mĂȘme, mais asservi aussi aux discours qui prĂ©tendaient le protĂ©ger du monde. Ce sont tous les discours sĂ©curitaires. Et nous avons tous en nous une demande sĂ©curitaire, la volontĂ© dâĂȘtre protĂ©gĂ©s du compliquĂ©, du trouble, de lâinconnu. Nous avons trĂšs profondĂ©ment cette peur en nous, en mĂȘme temps que nous avons le dĂ©sir du dĂ©passement, le dĂ©sir de lâautre, de la nuit, de ce qui grands processus dâasservissement se jouent Ă partir de cette rĂ©flexion sur la peur individuelle et comment lâ exploiter. Dans les sociĂ©tĂ©s modernes, aujourdâhui, mais aussi dans les dĂ©cennies ou les siĂšcles prĂ©cĂ©dents. Cette peur premiĂšre est organisĂ©e dans toute sociĂ©tĂ© parce quâelle permet un pouvoir, la main mise sur les consciences, et elle a pour consĂ©quence quâon se protĂšge symboliquement par ce que jâai appelĂ© les dĂ©finitions, les catĂ©gorisations, tout ce qui immobilise, et par le souci de lâidentitĂ© stable, de lâidentification. On est aujourdâhui dans une nĂ©vrose extrĂȘme de lâidentitaire. Tout doit ĂȘtre associĂ© Ă une dĂ©finition, or "dĂ©finition" veut dire exactement "limitation" le mot vient du latin fines qui veut dire frontiĂšre. Si on vous dĂ©finit, on vous ferme, on vous finit, on met un contour autour de vous. Or, aujourdâhui, tout est fait pour que nous nous contentions de nos contours, nous et tout objet, toute chose. On peut trĂšs facilement dĂ©finir une chose sur la premiĂšre vue, sur la premiĂšre conscience nâexplore que dans le temps et lâattentionDe plus, nous vivons Ă une Ă©poque oĂč le temps a disparu, nous sommes gouvernĂ©s par lâaccĂ©lĂ©ration majeure du temps â avec lâInternet, le TGV, par exemple. Or, pour aller au-delĂ de la surface et de la dĂ©finition rapide de chaque chose et de chaque ĂȘtre, de la dĂ©finition immĂ©diate, consensuelle, conventionnelle, conforme - le thĂ©orĂšme des trois "con" -, il faut obligatoirement du temps. Mais le monde de la marchandisation, le monde capitaliste, fondĂ© sur le principe dâĂ©conomie, a depuis le XIXe siĂšcle thĂ©orisĂ© cette abolition du temps, ce vol du temps. Le temps est la condition indispensable Ă "la traversĂ©e au-delĂ de lâapparence", câest-Ă -dire lâouverture scrutative de la conscience. Car il nây a de conscience qui explore, qui interroge, qui ne se contente pas de la premiĂšre rĂ©ponse donnĂ©e par le faciĂšs et qui dĂ©veloppe sa question que dans le temps, que dans ce quâon appelle trĂšs profondĂ©ment lâattention. Or cette qualitĂ© humaine premiĂšre, qui fonde lâhumain et dont tout le monde a le partage, est aujourdâhui la plus ravagĂ©e lâ attention radicale qui engage tout lâĂȘtre, qui est sans concession, câest celle de Van Gogh devant le paysage, de Giacometti devant sa matiĂšre, de toute personne qui prend le temps de lâarrĂȘt et de lâimmobilisation de soi, qui rompt la course Ă©ternelle du geste quotidien, de ce continuum, pour y créér une brĂšche. Et cette brĂšche, câest un appel Ă aller Ă la profondeur, qui suppose un effort, pour que se mobilise Ă lâextrĂȘme la combat majeur le langageTout ce que lâon peut dĂ©crire des instruments dâoppression individuelle et collective se joue essentiellement dans le langage. Il y a lĂ un combat politique majeur. Or les premiers a avoir eu la conscience de lâoppression possible dans le langage, ce sont les poĂštes. La premiĂšre raison de la poĂ©sie, câest de se rebeller devant lâextrĂȘme danger du langage Ă enfermer, Ă asservir, Ă subordonner, Ă se faire lâinstrument de la rĂ©duction du monde, du connu, du vĂ©cu Ă sa surface Ă©mergĂ©e, ce qui donne un totalitarisme la poĂ©sie permet de comprendre cela. Georges Bataille disait Nous nâaurions plus rien dâhumain, si le langage en nous devenait tout Ă fait servile ». Odysseus Elytis, magnifique poĂšte grec, prix Nobel de littĂ©rature, postĂ©rieur Ă Yannis Ritsos, le formule autrement LĂ oĂč la montagne dĂ©passe du mot qui la dĂ©signe se trouve un poĂšte. » LĂ oĂč le monde dĂ©passe les mots qui le dĂ©signent se trouve la poĂ©sie. La poĂ©sie sert Ă nommer, Ă rĂ©vĂ©ler, Ă faire agir, Ă rendre prĂ©sent Ă la conscience, Ă faire apparaitre le monde dans tout ce que le langage ordinaire, normĂ© langage, Ă sa naissance, porte, comme tout ce qui est humain, deux choses en mĂȘme temps, son affirmation et son contraire. Imaginons lâhomme qui fonde le langage, cet acte gĂ©nial fondateur delâHumanitĂ©. Pour simplifier, il y a au dĂ©part articulation de quelques sons arbitraires, qui vont ĂȘtre isolĂ©s et attachĂ©s Ă lâobjet, Ă une chose un murmure, un borborygme qui va ĂȘtre reconnu, identifiĂ© Ă la pierre, au rocher, au bĂąton. Pourquoi cela fonde lâhumain ? Parce quâest inventĂ© plus que le mot la symbolisation. Ce que je dis nâest pas lâobjet, mais le reprĂ©sente. Câest de cela que se dĂ©duit ce qui nous fait tous, la mĂ©moire. Ce nâest que parce que je peux nommer lâabsent que la mĂ©moire apparait. Et ce nâest que parce que je peux dire lâabsent, que je peux dire le passĂ©, le futur. Avant cela, on est "le nez dans la terre", dans une relation animale, rude, sans distance, sans recul, donc sans espoir dâanalyse et de comprĂ©hension au-delĂ de la vue et de la sensation premiĂšres. En inventant la symbolisation, lâhomme invente la mĂ©moire, lâhumain, lâhistoire, le passĂ© et lâavenir. Et en inventant lâavenir, il invente le projet, une pensĂ©e qui se dĂ©place vers lâavant. Mais avec ce langage, il invente aussi la possibilitĂ© de la prĂ©servation de lâespĂšce, parce que cela lui permet lâĂ©change individuel et collectif, de sâentendre, de parler ensemble, et donc une entente commune sur le langage premier nĂ©cessaire... et rĂ©ducteurMais pour que ce langage soit efficace, il est une condition absolue, nĂ©cessaire... et catastrophique. Câest quâil soit univoque, quâil nây ait pas de malentendu. Le principe de ce langage premier, fondateur du collectif, est dâĂȘtre rĂ©ducteur je parle, je suis compris. Cela permet aujourdâhui encore Ă chacun dâentre nous dâagir, de prendre le train, de dire "ferme la fenĂȘtre, la porte", etc., câest-Ă -dire lâexacte nĂ©cessitĂ© quotidienne quâon appelle le pragmatisme, lâorganisation de notre champ de vie le principe de cette langue commune, rĂ©duite Ă des sens limitĂ©s, est aussi dĂ©lĂ©tĂšre, mortifĂšre. Parce que le mot qui est un concept, une reprĂ©sentation abstraite dâune chose concrĂšte, du vĂ©cu tangible, ce mot perd la profondeur de lâexpĂ©rience, lâĂ©paisseur de la vie, la saveur, le parfum, le touchĂ©, la mĂ©moire, lâaffect, tout ce quâil a traversĂ©, tout ce quâil porte en lui dâhistoire humaine. Si je dis le mot "arbre", nous nous comprenons, mais le mot arbre perd tout ce que nous avons vĂ©cu, chacun, des arbres ; car chacun dâentre nous est riche de milliers dâarbres, ceux que nous avons vus, des cabanes construites, de la branche sur laquelle nous nous sommes appuyĂ©s, lâarbre taillĂ©, le tronc sur lequel on pose son Ă©paule. Cette infinie expĂ©rience de lâarbre est lâĂ©paisseur du rĂ©el, sa profondeur, elle dĂ©borde du mot Ă chaque instant, lâhomme fait de toute chose une infinie rĂ©alitĂ©, une rĂ©alitĂ© indĂ©finie, illimitĂ©e. Autant on a besoin des mots, autant les mots perdent lâinfinie profondeur de la rĂ©alitĂ© ce que nous vivons, ce que nous pensons, ce que nous ont lĂ©guĂ© nos parents, nos grands-parents, ce que lâenfant nous a rĂ©vĂ©lĂ©, ce sont les sens agis par lâhomme, ceux de notre vie, de notre libertĂ© de faire de chaque chose le contraire de ce quâelle est ou lâindĂ©fini, lâimprĂ©vu de ce quâelle est. Et ça, câest la poĂ©sie. Câest la poĂ©sie qui dit la part de lâarbre manquante, la rĂ©alitĂ© manquante, la part manquante de la langue. Câest pour cela que depuis toujours, depuis lâaube des temps, sâest levĂ© un poĂšte. Le langage a Ă©tĂ© constituĂ©, organisĂ© et il a organisĂ© le rĂ©el comme on le vit aujourdâhui encore dans la nĂ©cessitĂ© immĂ©diate, univoque â qui est aussi nĂ©cessaire. Mais cela "vole le rĂ©el". Ce sentiment profond dâĂȘtre frustrĂ© de la vĂ©ritĂ© du rĂ©el, nous lâĂ©prouvons tous les jours, nous le verbalisons, dĂšs lâenfance. Ainsi, sollicitĂ©s pour formuler notre Ă©tat dâĂąme, notre pensĂ©e, nous sommes souvent dans lâimpossibilitĂ© de le faire, "nous nâavons pas les mots pour le dire". Parce que le langage ordinaire nâa comme destination et possibilitĂ© que de dire "le sens minimum intergĂ©nĂ©rationnel garanti".Bien sĂ»r le langage premier univoque doit ĂȘtre transmis parce quâil permet lâintĂ©gration sociale, mais il faudrait que dĂšs le berceau, dĂšs lâenfance, lâantidote soit aussi donnĂ©, le langage impossible qui, au lieu dâĂȘtre monosĂ©mique - un mot un sens-, est un langage inverse, qui tient parole, qui parle, qui ne se contente pas de lâĂ©noncĂ©, qui porte en lui la chair et le sang de lâhumain câest la diffĂ©rence entre lâĂ©noncĂ© et la poĂ©sie, dĂ©flagration du langage, nous sauve de la normeUn langage investi de toute une expĂ©rience de vie, et pas seulement de la sienne, subjectivement, de celle de toutes les rencontres, et y compris dâexpĂ©riences contradictoires Ă la sienne, câest un langage neuf. Câest celui que le poĂšte invente par des actes iconoclastes, asociaux, libertaires il va consciemment, volontairement toucher aux normes du langage, dans toutes ses composantes Dâabord le poĂšte rompt le rythme qui fonde le langage premier, il rompt le code du signal, cette carte des correspondances mot-sens, qui est un asservissement, une subordination du mot au sens prĂ©vu, organisĂ©, lĂ©gitimĂ©. Mais qui lĂ©gitime le sens dâun mot ? Si lâon peut Ă la rigueur pour un objet, une chose Ă©tablir une correspondance, qui, pour une rĂ©alitĂ© de lâordre de lâhumain, par exemple ce qui relĂšve du sentiment, de la pensĂ©e, qui dĂ©cide du sens ? Il faut penser la constitution idĂ©ologique du lexique. Le poĂšte touche au lexique, Ă la syntaxe, Ă la composante sonore câest une dĂ©flagration du langage. Le poĂšte choisit une anormalitĂ© consciente. Pourquoi ? Parce que cela nous sauve de la norme, parce que toute normalisation est oppressive, rĂ©duit le rĂ©el Ă la catĂ©gorie, Ă la dĂ©duction, Ă lâinjonction, Ă la dĂ©finition, Ă lâ poĂšte, en crĂ©ant une langue qui nâest plus monosĂ©mique mais devient polysĂ©mique, invente un objet bizarre, un langage qui nâa pas de comprĂ©hension immĂ©diate. Ce qui nous embĂȘte bien aujourdâhui, gouvernĂ©s que nous sommes par Wall Street et autres, parce que cela veut dire du temps, une latence entre la chose prononcĂ©e et la chose comprise. Le langage ordinaire, celui du discours politique, du Journal de 20h, est compris trĂšs vite, immĂ©diatement, et on doit comprendre trĂšs vite sinon on est "dĂ©valorisĂ©" dans ses capacitĂ©s intellectuelles. Le poĂšme, lui, rĂ©clame de ne pas ĂȘtre compris, de ne jamais ĂȘtre complĂštement compris. Le propre de la poĂ©sie, câest de dire aussi ce qui nâest pas limitĂ© dans la comprĂ©hension, dans la saisie quâon en a. Câest justement lĂ que la parole est lâexacte vĂ©ritĂ©, parce que rien de ce qui fonde notre existence nâest dĂ©finissable, rien nâest dĂ©finitivement compris. Parce que si câĂ©tait le cas, nous nâaurions plus dâavenir. Et câest bien ce que lâon veut nous faire croire aujourdâhui, câest ce que le langage dominant veut nous faire croire, nous enjoint de croire. Le langage dominant est un implant permanent, qui diffuse Ă tout instant, tous les jours, par tous les moyens, comme jamais dans lâhistoire de lâHumanitĂ©, ce quâil faut comprendre du rĂ©el, ce qui est nĂ©cessaire dâen comprendre, codifiĂ©, lĂ©gitimĂ© nous nâavons Ă comprendre que parole libre libĂšre les reprĂ©sentations du mondeDepuis toujours, dans toutes les communautĂ©s humaines, il y a des gens qui ont inventĂ© un langage impossible, atypique, qui Ă©chappe Ă toutes les injonctions pour dire le rĂ©el, parce quâil a cette volontĂ© dâĂ©quivoque du sens, il conditionne une parole libre devant le rĂ©el. En poĂ©sie, on peut tout dire, je peux dire la neige est rouge et chaude, alors quâon apprend tous quâelle blanche et froide. Mais la rĂ©alitĂ© de la neige, câest quâelle est de toutes les couleurs du monde, câest la rĂ©alitĂ© de la poĂšte est le garant tout au long de lâhistoire humaine dâune libertĂ© insolvable, irrĂ©ductible dans la langue... peu importe le lĂ©gislateur de la langue, les grammairiens qui existent depuis longtemps. Je me permets de faire ce que je veux avec les mots, avec les rythmes. Et cette libĂ©ration de la langue a des consĂ©quences cruciales. Car sans les poĂštes, la pente fatale de la normalisation, la rĂšgle des trois cons - conventionnel, consensuel, conforme - aurait dominĂ© sans conteste. Je rappelle la phrase de Georges Bataille Ă©noncĂ©e au dĂ©but Nous nâaurions plus rien dâhumain si le langage en nous devenait tout Ă fait servile ». Or, aujourdâhui, le langage est servile et, asservis Ă un langage servile, nous perdons ipso facto notre humanité⊠car ce qui fonde lâhumain, câest la capacitĂ© Ă subvertir le langage, Ă le libĂ©rer, parce que libĂ©rant le langage, il libĂšre les reprĂ©sentations du a toujours existĂ© Ă cĂŽtĂ© du langage normatif, imposĂ©, plusieurs langages, de mĂ©tiers, dâargot des rues, des langages de rĂ©bellion intuitive, implicite, populaire le principe de la poĂ©sie est dans le peuple. Câest ce quâaffirme le livre magnifique dâEluard, PoĂ©sie involontaire et poĂ©sie intentionnelle, Ă©crit pendant la guerre, ce qui fait sens. Dans toutes les grandes dictatures, dĂšs lâAntiquitĂ© jusquâĂ aujourdâhui, quand il y a un rĂ©gime oppressif, ce sont les poĂštes quâon met dâabord en prison ou quâon assassine Pinochet au Chili avec Neruda et Victor Jara, Franco avec Lorca, ces hommes qui dĂ©gagent pour nous une autre comprĂ©hension du monde. Et sâil y a une autre reprĂ©sentation du monde, alors dâautres mondes sont que la poĂ©sie sauvera le monde » veut dire vivre dans une alerte permanente, dans une attention qui ne cesse jamais, ĂȘtre comme ces grands crĂ©ateurs qui ont la volontĂ© absolue de saisie de la vie, de toutes ses composantes, câest-Ă -dire sans repos, sans relĂąchement, sans jamais trahir la vĂ©ritĂ© contradictoire, dâune complexitĂ© illimitĂ©e de la vie. Ătre artiste jusquâau bout des ongles. Ceci vaut pour le danseur, lâhomme ou la femme de théùtre, le plasticien, etc., une sorte dâengagement trĂšs profond qui ne tiendra jamais le rĂ©el pour nous avons besoin non pas dâune petite clause de conscience, nous avons besoin de lâart, le moins rĂ©cupĂ©rable, le plus radical et qui touche Ă lâinstrument dâasservissement le plus violent et le plus partagĂ© de la langue, au coeur de notre pensĂ©e. Si on ne pense pas le monde avec les caractĂ©ristiques culturelles intransigeantes Ă©voquĂ©es, celles qui incarnent la poĂ©sie du jour, la rebellion devant lâunivocitĂ© du sens, la volontĂ© illimitĂ©e de rĂ©cuser lâidentitĂ© en tout, lâidentitĂ© fermĂ©e, si nous ne prenons pas cela comme point dâappui pour penser une sociĂ©tĂ© viable, toutes les autres fatalitĂ©s Ă©conomiques, idĂ©ologiques, sociales, religieuses, vont nous ramener Ă des seul point dâappui universel, câest la poĂ©sie â câest pour cela que cela nous intĂ©resse parce quâelle nous rend co-humain â point dâappui irrĂ©ductible de la libertĂ© humaine. Et câest en mĂȘme temps une exigence. Le grand schĂ©ma dominant, câest lâimmobilisation de tout, des comportements dans des modĂšles, dans des prĂȘts Ă porter, des prĂȘts Ă penser rĂ©ducteurs. Nous sommes dans un monde identitaire qui veut fixer la vie, qui la tue. Or il nây a de vie que dans le mouvement et il nây a de pensĂ©e et de pensĂ©e de la vie que dans le et synthĂšse MichĂšle KiintzLa vidĂ©o et lâenregistrement sont disponibles ici. Url de Cerises n°312 , 27 janvier 2017